Carnets de résonances Adrien Daussy
7 miniatures pour trio de percussions
» Lorsque je pétris sur le papier mes idées préliminaires pour une pièce, que j’écris mes esquisses ou que je commence la rédaction de la pièce à proprement parler, je n’utilise que des feuillets. Nul cahier, mais des feuilles volantes qui s’accumulent et se mêlent, sans hiérarchie ou ordre. C’est à partir de ces pages sans attaches, étalées devant moi sans corrélation à la chronologie de leur rédaction que j’essaye progressivement de créer du sens, du lien, de réécrire, de développer, et de dégager une forme. Avec les Carnets de résonances, c’est cette expérience de réflexion et de construction que j’ai voulu proposer aux interprètes. Ils sont face à sept miniatures présentées sans aucune hiérarchie ou continuité préalable, composées de trois paires de deux pièces plus une. Ces paires ne sont pas considérées comme une pièce et sa variante, un « thème et son développement », mais comme deux facettes, deux matérialisations, deux incarnations dans la résonance de la même idée musicale. Ainsi nous n’avons pas Carillonade I et Carillonade II, mais Carillonade turquoise et Carillonade pourpre et cramoisie, la couleur notant l’absence de hiérarchie — et donc d’ordre sous-jacent — et n’influençant pas les interprètes dans leur choix d’enchaînements.
De cette manière, la forme se retrouve émancipée de la dimension téléologique que lui ont conféré des siècles d’évolution du langage musical en Occident, pour lui préférer une forme de long point d’orgue de l’instant, une infime parcelle d’éternel présent. Ici, nulle notion de développement de matériaux exposés au préalable, mais plutôt un corpus d’idées musicales présentées sous des formes différentes, en écho perpétuel les unes aux autres. Ces éléments, présentés sans hiérarchie, dans un ordre variant d’une interprétation à une autre par ce jeu de la forme ouverte, sont comme les pierres d’un kaléidoscope. On pourrait avoir le rouge, le bleu puis le vert comme le bleu, ensuite le vert et pour finir le rouge. L’histoire dessinée par l’ordre des éléments est différente, mais la poésie reste résolument la même, gravée dans ce présent contraint de s’inscrire dans une temporalité directionnelle, celle à laquelle nous ne pouvons échapper.
Interroger la résonance comme phénomène physique et poétique, c’est parfois l’émanciper de son attaque, comme dans les deux pièces appelées Carillonade. Le son d’une cloche tubulaire ou d’un bol tibétain, privé de son attaque, n’est plus qu’un doux halo à peine reconnaissable, étrange, troublant notre ressenti du rapport entre le timbre et l’instrumentarium que nous avons sous les yeux.
Écrire le temps de la résonance c’est également écrire — ou ne pas écrire— le temps de l’interprète. Laisser celui-ci apprécier la durée d’une résonance, d’un son couvert d’un point d’orgue, échapper au temps métrique pour laisser place au temps physique du matériau résonnant, et au temps de l’écoute. Parfois, temps métrique et temps de l’interprète se superposent, se mêlent et se croisent pour créer une poésie de l’irrationnel.
Le temps de la résonance, c’est parfois une strie, un couperet, l’attaque, qui se déploie au- delà du temps rythmique rationnel. Ce geste simple, l’attaque et sa résonance, peut être ici entendu comme une chromatographie du son, une observation de son déroulement dans le temps, décharnant certaines de ses composantes « .
Adrien Daussy
Instrumentation : crotales, glockenspiel, vibraphone, jeu de cloches tubulaires, une timbale grave, un bol tibétain, une grosse symphonique.
Niveau : très difficile.
Public concerné : étudiant en 3ème cycle, musiciens professionnels.
















